Samedi 6 mars 2010
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Salut tout le monde.
Je vous reproduis ci-dessous un texte lu dans le magazine
Musées et collections publiques de France, n°255, 2009. Il s'agit de l'intervention de la chargée des publics et de l'action
culturelle au
MAC-VAL, dans le cadre d'un colloque intitulé "Musées et accessibilité, un enjeu de société".
Je le soumets à votre lecture et à votre réflexion...
Bruno S.
"Les publics, le territoire, l’art et la médiation. La question est éternelle. A moins qu’elle ne soit vieille. Je crois, et ‘expérience, qu’il faut cesser deux ou trois choses :
Il faudrait aujourd’hui, et dans un contexte social qui s’avère anxiogène, cesser de croire que le musée a un objectif d’insertion. On risquerait de passer pour une maison d’arrêt ou un vrai
centre d’aide social. Celui qui vous aide à trouver des ressources, des aides au logement, aux soins médicaux, à se procurer de quoi manger.
Il faut penser à l’art. Avant tout et de là découlent les histoires, les réseaux, les partenariats et parfois, peut-être, mais seulement peut-être, une forme d’insertion. L’art n’est pas
thérapeutique pour une société déjà malade. Et la culture n’est pas de l’art. Pour accéder à la culture, il faut déjà avoir un petit bagage, que l’on s’est construit, au fil du temps et des
possibilités que la vie nous a offertes. L’art, d’accord, c’est pour tout le monde. Pas besoin de bagage, de socle de connaissance, de référence. Mais cela, les gens ne le savent pas.
Je lis cette rhétorique : « cibler les publics », « publics à conquérir » et je prends peur. Je me refuse à coloniser et à attirer, par des charmes et des recettes
ceux-là qui ont déjà tellement, tellement de mal avec ce monde.
J’entends, et telles sont ma fonction et ma mission, qu’il faut créer du lien, faire venir ces publics qu’on nomme le « non public » (les pauvres), traiter avec l’éducation nationale,
les universités, les missions locales, les maisons pour la jeunesse. Nous le faisons au MAC-VAL, sans cibles aucune, sans air conquérant, sans a priori et surtout sans héroïsme.
Pour que le public vienne au musée, il faut déjà qu’une véritable politique soit au cœur du projet et le soutienne avec force, contre vents et marées. Ouvrir un musée d’art contemporain en
banlieue (entendez la stigmatisation immédiate et condamnable) provoque souvent quelques ricanements du côté des opposants, ou même dans une foule qui n’y voit pas la force et le vivant. Sans le
politique, on ne peut rien, ou pas grand-chose. Dans le cas du MAC-VAL, le politique a largement accompagné ce projet et a pensé à mettre en place, entre autres, des possibilités d’emplois. Mais
sans démagogie sociale. Parce que ce serait mensonger et glissant de croire que le musée est capable d’absorber la misère.
Enfin, le musée n’est pas exactement un loisir, mais bien un lieu où se montre l’art, l’art qui critique, qui démontre, qui démonte les systèmes et appelle à la réflexion, l’art beau parfois,
méchant, incisif ou plaisant. Cette frontière entre art/culture/loisir se complexifie depuis quelques années, et c’est là un reflet social qui me semble très fort et très intéressant. Quand les
gens ont des soucis, il faut les divertir. Mais le musée n’est pas un lieu de divertissement. En revanche il peut et a le droit d’être divertissant, ludique, et engager les gens vers une pensée
autre, les engager à s’engager, en ce qu’ils sont individuellement.
Le MAC-VAL ne cible pas, ne conquiert pas, et se refuse à cacher la misère sociale, mais il a depuis deux ans largement ouvert ses portes. Nous ne menons en aucune façon des actions qui
correspondraient à un type de public, parce qu’on ne vend pas des crèmes dessert. Nous suivons les œuvres et les artistes et la formule semble pertinente. Parce que l’art d’aujourd’hui est dans
sa pratique ouvert à l’expérience, par de formes performatives, installatoires, interactives ou plus simplement décoratives.
L’art c’est déjà beaucoup."
Muriel RYNGAERT